La régulation des limaces par les carabes

La régulation des limaces par les carabes

Comment prouver l’existence d’une régulation naturelle ? Exemple de la régulation des limaces par les carabes

Des suivis terrain à la base de données

Les suivis de terrain ARENA ont eu lieu au printemps et à l’automne, de 2017 à 2019, et selon deux protocoles. Afin d’étudier des dynamiques de populations, il est nécessaire d’obtenir des données de terrain comparables à l’aide d’indicateurs communs tels que l’abondance moyenne d’une espèce par parcelle et par date de relevé, ou encore l’abondance cumulée d’une espèce au fil de la saison par exemple.

Dans un premier temps, les données issues du terrain ont été sélectionnés et harmonisées: seules les parcelles contenant des pots Barber et des pièges à limaces, et suivies au moins 3 fois dans une saison ont été gardées.

Dans un deuxième temps, des données climatiques et paysagères ont été ajoutées à la base de données afin de pouvoir étudier l’influence de la météo et de l’environnement sur la régulation des limaces. Au total, 12 062 carabes et 1 525 limaces ont été comptés sur les 34 parcelles sélectionnées.

  • Parcelles sans limace relevée: 11, soit 32% des parcelles retenues
  • Parcelles avec moins d’une limace/m² relevée sur la période de suivi: 6, soit 17% des parcelles retenues
  • Abondance en limaces maximale: 12,5 sur la parcelle IF1-05-01, semaine 21 du printemps 2018

 

Les années de suivi terrain ont été particulièrement sèches et ont largement contribué au sous-développement des populations de limaces : plus de 50% des parcelles suivies comportaient en moyenne moins d’une limace relevée par date. Au vu des faibles quantités de limaces relevées, des précautions sont à prendre quant aux conclusions établies.

La régulation des carabes par les limaces

Des tests de corrélation ont été effectués entre divers indicateurs de population sur les données carabes et limaces : abondance moyenne, abondance cumulée, taux d’accroissement. Aucune corrélation n’a été mise en évidence. Attention cependant, cette conclusion s’applique aux données d’ARENA et aux tests réalisés et ne signifie pas que les carabes ne régulent pas les limaces.

Quelle est l’influence de l’environnement sur la dynamique de population de ces espèces?

Afin d’étudier l’influence de l’environnement sur la régulation naturelle des limaces, une note à dire d’expert a été construite. Toutes les parcelles ont reçu une note pour qualifier la régulation naturelle, de 0 à 3, allant d’une absence de régulation à une régulation totale des limaces par les carabes.

Deux types de modélisation ont été testées afin d’étudier l’effet du paysage sur la régulation des limaces. La première est la forêt aléatoire et consiste à faire la moyenne des prévisions de plusieurs modèles de classification indépendants (arbres de régression) afin de réduire l’erreur de prévision. La deuxième est la régression PLS et permet de d’exprimer une ou plusieurs variables en fonction d’un ensemble d’autres variables. Ces deux méthodes n’ont pas révélé d’effet du paysage entourant la parcelle sur la régulation naturelle.

En revanche, des tests de corrélation ont mis en évidence un effet du climat sur le développement des carabes et des limaces. Le tableau suivant résume les résultats issus des tests de corrélation. Les couleurs vertes, rouges et blanches correspondent respectivement à un facteur favorisant, défavorisant ou sans effet visible sur les populations étudiées.

Il apparaît que les facteurs favorisant l’apparition de carabes sont ceux défavorisant l’apparition de limaces, et inversement. Les données d’ARENA laissent à penser que les carabes semblent préférer les climats chauds et secs, là où les limaces se développent plus en milieu frais et humides. Cette conclusion doit cependant être pondérée au vu du faible nombre d’espèces prélevées sur le terrain.

Les données terrain indiquent que le climat semble favoriser de base l’une ou l’autre espèce, mais il peut toutefois s’opérer une régulation non mise en évidence ici.

En conclusion, les données issues du terrain n’ont pas permis de mettre en évidence d’acte de régulation des carabes sur les limaces. Cependant ce n’est pas pour autant que cette régulation n’existe pas. Le facteur le plus influent sur la régulation semble être le climat. Afin d’obtenir des données robustes et exploitables, il peut être envisagé de prolonger les suivis terrain afin d’étoffer la base de données. D’autre part, identifier une méthode permettant d’observer de manière fiable à la fois les carabes et les limaces permettrait de réduire la perte d’information lors de l’harmonisation des données.

Contact:  Vincent LELIEUR – ARVALIS – Institut du Végétal – Pôle Bioressources Agro-Equipement et Services Environnementaux

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