Consommé ou non-consommé telle est la question?

Consommé ou non-consommé telle est la question?

Des outils moléculaires pour l’étude des services de régulation naturelle ? Enquète sur les derniers repas des carabes…

Entre novembre 2018 et juillet 2019, une campagne de terrain a été mise en place afin de déterminer le régime alimentaire d’arthropodes prédateurs généralistes de nos champs, les carabes, et d’estimer leur action comme agent de biocontrole.

1819 carabes ont été récoltés à l’aide de pièges Barber dans des champs de blé situés dans 5 régions françaises et à 4 périodes de l’année (automne, avril, mai, juin). Leur contenu stomacal a été analysé grâce à un outil moléculaire: la PCR Diagnostique.

La PCR Diagnostique permet de tester la présence d’ADN de proies dans le prédateur. Elle s’appuie sur des amorces spécifiques à chaque type de proie, de petites molécules se fixant sur l’ADN de la proie et qui en amplifie un fragment, appelé amplicon (c’est-à-dire qui recopie une petite partie de l’ADN, lors d’une réaction appelée PCR, ou Polymerase Chain Reaction).

La présence d’un amplicon dans le résultat est donc un signal que le carabe a effectivement consommé la proie associée dans les dernières 48 heures. A chaque proie correspond un amplicon d’une taille spécifique ce qui permet de les différencier a posteriori.

Dans le cadre du projet ARENA, la prédation des carabes sur 5 types de proies d’intérêt agricole a été étudiée : deux groupes de ravageurs, les limaces et les pucerons, un groupe de prédateurs, les araignées, et deux groupes de décomposeurs, les vers de terre et les collemboles.

80% des carabes analysés se sont révélés positifs à au moins un type de proie, dont 8.9% aux ravageurs pucerons et limaces (voir figure ci-dessous). Les décomposeurs semblent être des proies alternatives importantes pour les carabes, 64.6% et 37.9% d’entre eux ont respectivement consommé des collemboles et des vers de terre. Le taux de prédation intraguilde (c’est-à-dire sur d’autres prédateurs) sur les araignées s’élève à 23.8%.

Les taux de détection semblent plus faibles pour les ravageurs. Toutefois, les pucerons sont d’avantage consommés au moment du pic de leur infestation ce qui traduit une prédation dépendante de la densité de la proie.
Dans le cas des limaces, le pic de détection coincide avec la période de ponte et d’éclosion suggérant que les carabes assurent une régulation naturelle en s’attaquant non pas aux adultes mais à leurs œufs et aux juvéniles.

Contact: Ambre Sacco-Martret de Préville, INRA – Agrocampus Ouest – Université Rennes 1

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